les voitures: l'hotchkiss

Ah.. je vous vois venir. Entre les photographies qui montrent une conduite à droite et ce nom à coucher dehors, vous vous dites "encore une anglaise".
A moins que vous ne connaissiez le truc..
Et bien non, moi, je fais français, Môssieur.
Benjamin Hotchkiss était un ingénieur Américain, qui avait fait fortune à vingt ans en fabriquant des cartouches lors de la Guerre de Sécession. Appelé au lendemain de la défaite de Sedan par le gouvernement de la 3eme république pour équiper les armées françaises de ce matériel réputé, il s'installa vite à St Ouen aux portes de Paris, d'où les usines ne bougèrent plus. Il décédera à la fin du XIXeme sans avoir vu naître le département automobile...
Celui ci est né d'un concours de circonstances: en 1902, les premières marques françaises Dedion Bouton et Panhard & Levassor demandent aux usines Hotckiss possédant du fait de leurs activités, du matériel de haute précision, d'usiner en sous traîtance des pièces pour leurs automobiles. Un an plus tard, les dirigeant de la firme comprennent vite l'opportunité à saisir en ce siècle de progrès naissant. Ils ouvrent leurs propre département, basé sur un double but: produire un moteur robuste qui servira l'armée, et que l'on pourra monter sur un châssis habillé d'une carrosserie tourisme. Les Hotchkiss et leur réputation du "juste milieu" (la robustesse alliée à un coût raisonnable) étaient nées ;avec elles, l'emblème de la marque: deux canons entrecroisés surmontés d'un boulet, rappel de l'activité principale de la maison. Elles eurent leur heure de gloire grâce à six victoires au rallye de Monte Carlo et lorsque la Présidence française s'en équipa à partir de l'entre-deux guerres. Les clichés de cette époque pris devant Matignon ou l'élysée montrent les modèles du moment (des Cabourg et des Artois) devant les perrons.
Lorsque je me suis séparée de ma RR Silver Shadow 1, j'ai cherché ce que je pouvais acheter. Après quelques prospections, une relation m'a poussé dans une Hotchkiss. Le hasard a fait que ce fût le dernier modèle de la marque, une Anjou (à partir de 1930, les voitures furent baptisée du nom de provinces, régions et villes).
C'est un modèle 1350: 13 pour les chevaux, 50 pour l'année de création.
Pour l'époque, il est plein de contradictions. Si les freins hydrauliques fiables et performants, les roues avant indépendantes, l'ajout de suspensions "grégoire" à amortisseur Houdaille à friction, les barres anti rouli et torsion, en font une voiture "moderne" (seule citroën là déjà, avait des freins hydrauliques fiables depuis la Traction), sa carrosserie pataude et sa boite de vitesse non synchronisée lui retirent un peu de son lustre.
mais fidèle à la réputation de la firme, le moteur est increvable (si l'on veut; selon l'âge, des travaux sont forcément à prévoir et le mien vient d'avoir tout le haut de refait: culasse, soupapes et ressorts, carburateur et allumeur neufs) et d'une longévité remarquable. Pensez: né en 1939, il équipa les modèles d'avant guerre, puis le mien, et avec quelques modifications mineures, fut installé sur les camions de pompier des années 50 pour terminer sa carrière sur les chariots Fendwick jusqu'en 1974 !
L'intérieur laisse lui aussi un avis partagé. Le tableau de bord et l'habillage des portières sont en bois sans que cela soit élevé au rang de boiserie marquetée; la sellerie certes très belle, reste à l'ancienne mode, de drap côtelé qui gratte un peu, l'habitude du cuir, moins noble car plus résistant, encore réservé aux places avant pour le chauffeur surtout sur les marques proposant des "sédanca deville". La conduite est certes moins décontractée que sur la RR silver shadow dont je parle sur une autre page, mais aec cette génération de voiture, on comprends mieux la relation qu'il pouvait y avoir entre la machine et l'homme ,ainsi que la nécessité d'avoir un chauffeur !
 En effet, pas de direction assistée ici: tout se fait à la force du bras (heureusement, la voiture ne pese qu' 1,4 tonne), la correction avance-retard d'allumage y est encore manuelle et doit sans cesse être adaptée à la conduite (ville, route, côte etc) grâce àla tirette au tableau de bord, et la boite non synchrone nécessite un double débrayage au rédrogradage !
Mais tout cet ensemble en font une voiture intéressante, tant esthétiquement qu'historiquement, et les Hotchkiss sont très remarquées et prisées lors des rassemblements. Et c'est tant mieux !!

PS: et le volant à droite, me direz vous ?... et bien, bon nombre de voitures françaises le possèdent. Citroën là encore s'est très vite démarqué, mais d'autres marques prestigieuses l'ont longtemps conservé. Deux raisons président à cela.
L'une est technique: pour une raison que personnellement j'ignore, les moteurs étaient très majoritairement conçus avec l'échappement à gauche. L'installation de la direction y était de ce fait impossible.
L'autre confine à la rumeur: certaines marques voulaient entretenir un standing, avec la tradition du chauffeur à droite, coté "bord de la chaussée", afin qu'en descendant, il ouvre  immédiatement à Madame et que durant la conduite, Monsieur puisse voir lui aussi la route.